Frédéric Forte


 
Posaune avalait des poèmes et connaissait ses gestes par cœur. Posaune faisait disparaître des pièces de vers et gardait présente à l’esprit, comme par l’effet d’une mémoire mécanique, l’idée des mouvements extérieurs de son corps. Posaune ôtait de notre vue, avec une rapidité excessive, des animaux de poésie capturés à la chasse  ; et, usant de sa part immatérielle sans même avoir à y penser, veillait, par la production concrète d’un champ mental, à ce que l’être imaginaire qui réglait dans l’espace les déplacements de sa personne physique ne subisse dans le temps présent aucun dommage. Posaune plaçait hors de notre perception la lumière, les formes, les couleurs d’êtres animés qu’on avait privé de raison et soumis à des règles prosodiques particulières, ceux-là même dont on s’était emparé moralement au cours d’une recherche ardente, qu’on avait menés à leur terme comme on aurait fait d’un cours d’eau au débit trop accéléré. Se servant d’une fraction de son patrimoine, n’ayant même pas besoin pour ce faire d’exercer son intelligence, Posaune, comme si se tournait là un film sur la réalité considérée dans son ensemble, une étendue plate relevant des mécanismes de l’esprit où se serait trouvé consigné, maintenu hors de toute atteinte et rétabli dans son état premier ce qui, du passé, aurait été reconnu par la conscience comme passé, Posaune passait la nuit avec un objet de pensée créé par imagination. Celui-ci, à l’aide d’une règle, traçait, dans un milieu idéal indéfini, les changements de position de son être physiquement distinct de toutes les autres, afin qu’il ne fut l’objet sur lequel s’exerçât, dans le moment même où je vous parle, la moindre action susceptible de lui nuire. Posaune posait loin de nos représentations sensorielles, dans le registre le plus naturel de sa tessiture, les appareils d’éclairage, les manières de procéder, les drapeaux officiels de gens doués de vie à qui l’on avait retiré le principe pensant et qu’on avait rendus dépendants de certaines prescriptions d’ordre pratique ou moral concernant la quantité et l’accentuation des syllabes. À cet endroit, Posaune, utilisant une infime partie de l’ensemble de ses biens, Posaune, à qui la mise à l’épreuve de sa capacité d’organisation du réel ne manquait absolument pas, Posaune se laissait absorber par les ténèbres dans lesquelles était plongé son amant de mémoire, celui-là qui avait conçu, au moyen d’un instrument de forme allongé, une manière neuve de poser les pieds et de placer les bras les uns par rapport aux autres, un amant que Posaune avait tiré du néant en formant de lui de nouvelles images, comme si se mettait à fonctionner là une caméra qui aurait enregistré le récit chronologique d’un événement particulier, un quelque chose qui aurait dit la propriété fondamentale d’un corps à être situé sur un plan, à combiner des pièces pour créer un subtil mouvement de vapeur. Ce qui était confié à cet endroit comme en dépôt, ce qui était tenu dans cette position, puis remis dans sa position d’équilibre initiale, c’était cela qui, du temps révolu, s’identifiait en soi-même comme du temps révolu.

  

Contraintes suivies: 

Extension de la littérature définitionnelle , la littérature sémo-définitionnelle . Au lieu de se contenter des simples définitions de type classique, on choisira ou on fabriquera des définitions plus inattendues. Exemple Énoncé de…