[Extrait CR de la réunion 577, nov 2008 consacré au livre de Michèle Audin, rédigé par AFG et VB]

Souvenirs sur Sofia Kovalevskaya

FF – C’est quoi une toupie, en maths  ?

JR – Une toupie, c’est une toupie.

M’enfin, une toupie étant une toupie, Michèle Audin a démontré que le théorème de Kovaleskaia était dans la lignée de travaux récents. De fouet d’ toupie en aiguille, elle a relu les travaux de S. Kovalevskaya, puis fait des recherches sur la mathématicienne elle-même. Son livre comprend des éléments de biographie de Sophie, des chapitres sur sa réputation passée et actuelle mais aussi deux chapitres de mathématiques sérieuses expliquant les problèmes auxquels Sophie s’est attaquée et a apporté des solutions. Le livre retrace mathématiquement la démarche et se dispense des facilités de l’argument d’autorité.

AFG – Au début ou à la fin les 2 chapitres de math dure  ?

JR – Au milieu…

Sophia K. montra très tôt une vocation mathématique affirmée, mais les femmes russes dans les années 1870 n ‘avaient pas le droit d’aller à l’université. Il fallait partir, mais comment  ? Une seule solution  : le mariage blanc. Elle en profite pour emmener dans ses bagages sa sœur et une amie  : un chaperon est un chaperon, même mathématique. Sa sœur ainée était nihiliste [c’est très russe, ça…]  et fut active lors de la Commune de Paris. A Berlin, rebelote  : pas le droit d’entrer à l’université. Weierstrass s’étonne  : pourquoi faire des maths, puisqu’elle est mariée  ? Mais ce respectable professeur, impressionné par ses qualités de mathématicienne, lui donne des cours particuliers. Elle fait un théorème, le théorème de Cauchy-Kovalesvki.

MB – Il a un amphi à la Sorbonne. Pas elle.

AFG – No shit…

Mittag-Leffler décide de la faire venir en Suède. Avec son soutien, elle devient professeur à Stockholm. La copine importée de Russie songeait, elle, à faire des études de médecine. Pas moyen. On soupçonnait alors les femmes qui se seraient lancées dans une telle carrière de mettre à profit leur savoir pour procurer à leurs camarades du sexe faible des avortements.

Elle aurait dû être élue à l’académie des sciences en Suède. Mittag-Leffler veut la faire élire  ; sa candidature est rejetée. Le secrétaire de l’Académie aurait déclaré  : « Si l’Académie commence à élire des femmes parmi ses membres, dans quelles espèces irons-nous chercher les suivants, auquel des êtres de la création s’arrêtera-t-elle  ? ».

Le Prix Bordin lui échoit, grâce au soutien de Poincaré, qui sur ce coup (comme sur quelques autres) fut parfait  : Madame de Kovalevski fait un travail remarquable, faut lui donner le prix. A quoi Madame Hermite, femme du mathématicien du même nom, s’interloque  : « Faudra-t-il l’inviter alors dans notre salon  ? » 

Elle meurt, précocement, d’une pneumonie. La postérité s’empressa de négliger son travail, en particulier sa toupie, et aussi de le dévaloriser.

MB – Toupie or not toupie…

Michèle Audin la réhabilite.