Le Havre est là.
Le Havre, c’est déjà la mer et ses reflets verdâtres, avec sa plage (une belle et grande plage de sable), avec ses vents, avec ses phares, avec ses mâts et ses ancres. La marée berce Le Havre   ; la mer va… et sans cesse repart. C’est la mer   ! Le grand large   ! L’élan de la mer   !
 
En 2013, Le Havre sera élégante, car abracadabra, le tram marchera (en espérant que sa date de lancement ne sera pas retardée  !) En attendant, Le Havre est en panne   ! Grands axes barrés. En ce cas, les gens marchent et remarchent et reremarchent. Les gens passent et repassent (de temps en temps, des vêtements (pensez à la jeannette)). Les gens marchent, passent et traversent dans le vacarme de ce sacré tram   ! Des caravanes de gens et de cars tentent d’avancer   : c’est l’échec permanent   ! Les gens s’énervent, les gens se frappent la tête. Les gens rentrent tard. Bref, les années à préparer ce tram, ce n’est pas marrant.
 
À parler franchement, le temps n’est pas clément, le temps est assez vache là-bas  : les gens assènent cela. Cependant, les gens exagèrent   : les averses ne se déversent pas tant là-bas. Car là-bas, l’averse est légère   ; elle ne trempe pas. Elle crache. Certes, les gens de là-bas semblent pâles et pas très halés. Ce n’est pas grave   ! L’âme des gens est en dedans. Et elle est écarlate.
 
Ah   ! C’est le temps calme, banal et agréable de manger. Les gens s’attablent et prennent des cafés (rarement en terrasse   !) et se mettent à parler, à échanger. Hélas, les gens ne mâchent même pas, les gens avalent lestement des repas légers, salades et desserts. Les gens se pressent. Ne restent pas. Le temps de débarrasser et des gens se mettent à la même table, et prennent à la hâte des steacks tartares… et ça repart   !
 
Et Perret   ! parler de Havre sans parler de Perret   ? Après 1945 et pendant 20 ans, Perret (cependant décédé en 54) a repensé Le Havre (en très grande part cassé, et même fracassé, démantelé, dégradé, ébranlé, écrasé, dévasté, rasé par les gens d’Angleterre tentant d’en chasser les Allemands (ah, les barbares   !) en septembre 1944) et réaccapare le centre. Perret en trace les plans. Perret crée de vastes places. De larges allées. De grands espaces. Des façades géantes (pas mal d’étages  !). De grandes barres. La cathédrale dépasse cent mètres   ! Le langage de Perret est là   : étages « élégants » et étages « carrés », terrasses, entablements. Grâce à Perret, Le Havre est rené. L’ensemble est élégant de par la grâce s’en dégageant. Le Havre c’est Perret   ! Et ça m’emballe   !
 
Le Havre, c’est également RQRQ est né là-bas en 1903. Là-bas, RQs’attrape. Ses parents, marchands, vendent des parements, des lés et des draps. Sa maman répare les vêtements. Papa Q. déballe et range. Maman Q. parle et vend. Après Le Havre, RQ va à la part centrale de France. RQ le Satrape (en 1950)  ! RQ tape des fables, des stances, des chants. RQ tape ce carnet de ballades  : Battre la campagneRQ est barde, chantre, aède   ! RQ, c’est la grâce   !
 
Le Havre, c’est également les bars. Je me rappelle le Naval, bar extravagant des années 60, bar pensé avec et par la mer. La dame, la belle dame de ce bar (elle s’appelle Bernadette) est assez âgée, et cependant très en verve. Elle a gardé cette prestance des femmes de bar. Elle attend. Elle attend les gens de passage. Elle parle, elle parle, elle parle. Elle parle de ce bar, des éléments de ce bar, de ce scaphandre, là, des tables, elle parle des gens. L’âme de Bernadette est là, dans ce bar. Elle a placé là ses espérances dans les années 1960 (avant cela, elle a été femme de ménage à Palavas   ; ça a été le grand chambardement, telle Abraham partant de sa case natale, en Chaldée (avec sa femme Sarah), elle part avec armes et bagages (avec le Marcel, grand gars pas très marrant, tenant le garage de Palavas), et elle emménage là, avec Marcel. Elle crée ce bar, le Naval, je le répète, retenez-le) et elle est restée là pendant 50 ans. Le Havre est terre attachante. Elle ferme très tard et cependant, elle n’a pas tant de gens chez elle   ! Elle reste là, à attendre le chaland. Elle attend le passant. Généralement, les passants passent devant le Naval et ne s’arrêtent pas. Bernadette ravale ses larmes et attend. Elle a le cafard. De temps en temps (rarement   !) le passant entre. Le mâle à bar entre. Le Grand Large est là, chez elle   ! Le mâle à bar est là, c’est la fête   ! Des verres et des rasades   ! Elle parle, elle déverse des phrases et des phrases, car ce mâle de mer est entré chez elle. Elle, Bernadette, la femme sans entraves   !
Ah, Femme, sans cesser, vénéreras la mer   !
Je repense à cette dame, à ce bar, et cela m’amène à cette phrase, cette espèce de sentence en termes de réclame  :
« Elle l’a rêvé… le Havre l’a révélé   ! »
(phrase narrée avec les lettres exactes de « Le Havre »   : E, A, L, H, R, V)
 
Le Havre, c’est également la gare. Très grande gare. Tenez, prenez l’adresse   : 12, r. Magellan.
 
Le Havre   : façades en général assez ternes. De grandes allées centrales. La grande fac centrale. L’ESADHAR   : des élèves apprennent là l’art et les lettres, des lettres d’art, l’art de mettre en pages, l’art de créer des lettres, des caractères.
 
Après la pêche en mer des mâles, les femmes vendent. Elles vendent des calamars, des carpes, des perches, des crevettes… J’achète  ! Repas de mer. Le régal   !
 
Tard, Le Havre est désert. Le Havre est calme à l’extrême. Pas d’âme dans les parages. Le macadam a des reflets de basalte. Les gens ne s’attardent pas. Pas de chat dans les cercles blanchâtres des pâles lampes à gaz récentes (remplaçant les élégants réverbères et les becs de gaz). Le Havre a l’aspect blafard. Le Havre a l’apparence de rêve et d’étrangeté. Pas de partage. Les gens se terrent.
Et là, des gardes avec hallebardes passent. Armée de gardes en grand apparat. Bal et fanfare. Des tas de gens passent en dansant la samba et en chantant. J’entends sept harpes et des chants de Massenet. C’est la fête   ! Des fées et des elfes entrent dans la danse, dans des gazes blanches. Des chars très chargés avancent lentement, dans des gaz blancs. Des mages ghanéens passent armés de lances et de fers. Des vaches calmes (des Salers  ?) les regardent passer. Farces et attrapes. Hélas, je m’égare. Hélas, je rêve   !
Après ce rêve, je marche deçà, delà  ; à parler franchement, j’erre, hagard, hébété. Le hasard tend mes pas. Ah ah, là-bas, ça parle. S’avancent des gens. Des gens réels  ! Le langage est hard (c’est le langage de Sarcelles). Des malabars barbares, c’est fatal. Et, je le repère, ces gens se battent. Là, c’est même la bagarre générale   ! Fracas. Ces gens s’écharpent. Pas de bras cassés. Paf   ! Les gars se tapent sans état d’âme. Vlan   ! Se frappent avec élan. Prends ça   ! Ça castagne sévère   ! Tchac   ! Ah, la balafre   ! Le balafré (Scarface), assez malade, s’est étalé. Ce gars-là a, ce me semble, le mal de mer.
Alerte   : v’là les gendarmes   ! Gaffe   ! Les mecs se cassent. Pas de gagnant. Se carapatent dare-dare. Même le balafré (même pas mal  !). Pas de perdant.
 
Bref, Le Havre, c’est vachement bath   ! Le Havre, c’est épatant   !

Contraintes suivies: 

Le bivocalisme consiste à écrire un texte ne comportant que deux voyelles. Il s’agit donc d’un lipogramme en trois voyelles. Le bivocalisme est au monovocalisme ce qu’est la paire de lunettes au monocle…

Références: