Entretiens avec François Le Lionnais Oulipo

Autre question que vous me posiez et qui est aussi une objection que je me suis faite, celle des structures de l’OULIPO.


A l’intérieur de l’OULIPO, il y a eu certains doutes, que je comprends très bien, sur la possibilité d’aboutir à des structures qui auraient la puissance, l’efficacité et la fécondité des grandes structures, que ce soit l’ode des Grecs ou la tragédie classique ou le roman du 19ème, etc. Ce sont aussi mes préoccupations.


En vérité, à l’intérieur de l’OULIPO il y a des gens qui sont tous charmants – pour entrer chez nous, il faut être charmant, autrement, ce n’est pas possible. Il faut être gentil, il faut être sûr qu’il n’y aura pas des polémiques terribles – mais quelques-uns sont un peu paresseux et quelques-uns n’avaient pas les dons pour créer des structures. Quelques-uns sont, au contraire, des écrivains assez doués, qui font des choses assez sensibles, mais qui attendaient de l’OULIPO qu’il fabrique des structures nouvelles dont ils se serviraient pour exprimer leur sensibilité et ainsi gagner un public. Surtout les jeunes. En plus, tout le monde était content de l’OULIPO, même quand ça n’aboutissait pas à cela, à cause de la gaieté des réunions, des joyeuses agapes, etc. Mais au bout d’un certain temps, on s’est rendu compte qu’avec notre méthode de travail on ne pourrait pas aboutir à quelque chose de durable. Il faudrait peut-être manger un peu moins, rigoler un peu moins – quoique je ne veuille absolument pas de quelque chose qui soit austère, je n’ai pas envie de quelque chose d’académique, sûrement pas — et travailler un peu plus.


A cause de cela, nous n’avons pas abouti à des structures importantes et le but de mon troisième manifeste est de remettre l’OULIPO vigoureusement en selle. Dans ce troisième manifeste je ne m’adresse plus aux membres de l’OULIPO mais à des gens qui viendront dans vingt ou quarante ans et qui pourront réaliser quelque chose dans ce domaine. Je suis convaincu que c’est possible. Si on me pose la question de savoir si, de structures à priori artificielles on peut aboutir à quelque chose de vivant, ma réponse est d’un optimisme modéré – qui me caractérise dans pas mal de domaines – c’est une hypothèse, un pari. Si on me dit : “En mélangeant des substances, des atomes, des molécules, est-ce que vous ferez la vie ?” je ne peux pas garantir qu’on le fera, mais j’ai l’impression qu’on n’en est vraiment pas loin ; ou bien : “Est-ce qu’on va explorer Jupiter ?”, c’est quand même un peu difficile, quand il faudra débarquer sur Jupiter, des problèmes de pesanteur se poseront, on mettra plutôt les pieds sur un satellite qui ressemblera à la Terre par exemple ; ou bien la musique par ordinateur dont nous parlions : dans tous ces cas-là, je crois que des paris peuvent être faits, mais à une échéance qui n’est pas immédiate, je crois à la synthèse de la vie, à l’explorations des satellites de Jupiter, à la musique par ordinateur, et, dans le même esprit, je crois à la possibilité d’une création de structures littéraires qui pourraient vraiment aboutir à ce que ferait un Shakespeare ou un Rimbaud. J’en suis convaincu.


Evidemment, il ne faut pas s’y prendre comme s’y prend l’OULIPO actuellement.

Commentaires

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