L’Académie des sciences et la Commune de Paris Michèle Audin

Michèle Audin

Si Sophie et Vladimir étaient accourus à Paris, c’est parce qu’ils étaient inquiets pour Aniouta, la sœur de Sophie. Aniouta et son ami Victor Jaclard  avaient vécu, enfermés, à Paris, durant tout le siège. Benoît Malon, de l’Internationale, maria Aniouta et Victor, dès le 27 mars, un mariage républicain.

Il faudrait évoquer ici Vladimir, le jeune biologiste qui avait épousé Sophie afin que celle-ci puisse aller étudier en Allemagne et qui l’accompagna aussi dans son équipée parisienne. Vladimir, disent les biographies (celles de Sophie), Vladimir s’occupa, pendant ce séjour, à étudier les collections de fossiles visibles à Paris, à discuter avec les spécialistes – nul besoin de romancer trop pour l’imaginer parler avec les savants du Muséum, avec ceux peut-être que nous avons rencontrés ici, entendant le canon, les obus éclater autour de lui, et concluant que ce qui l’intéressait, ce sur quoi porteraient ses recherches à venir, ce serait les mammifères fossiles.

Ici, accordons-nous quelques lignes de roman…

Sophie et Vladimir étaient partis, mais Aniouta, la sœur de Sophie, et Victor Jaclard, le mari d’Aniouta, étaient restés. Trop longtemps, puisque Jaclard fut arrêté et condamné à mort, puis parvint à s’évader. Jaclard fut arrêté, s’évada en octobre, avant d’être condamné (par contumace) aux travaux forcés à perpétuité. Toutes les versions de l’histoire de l’évasion de Jaclard, en tout cas toutes celles que l’on trouve dans les biographies de Sophie, sont également invraisemblables, on est déjà dans le pur roman. D’Aniouta et Jaclard, personne ne s’offusquera donc qu’ils se trouvent ici, brièvement, transformés en personnages de roman.

Disons donc qu’ils assistèrent à la démolition de la colonne Vendôme le 16 mai, on y alla sur invitation, mais ils pouvaient avoir été invités, soit parce qu’elle était membre d’une commission sur l’éducation, soit parce qu’il était colonel, et qu’ils en revinrent en chantant

Et voilà comment en tirant
On abat tous les tyrans

une rime plus que riche et qui valait bien les bouts-rimés de la princesse. Disons qu’ils écoutèrent la citoyenne Agar, la célèbre tragédienne Marie Léonide Charvin, que l’on appelait Mlle Agar, lire des poèmes le 18 mai aux Tuileries, ce qu’elle paya ensuite fort cher et qui marqua la fin de sa carrière glorieuse, son « Je suis partout où je puisse être en aide aux malheureux » ne fut pas suffisant pour qu’elle demeurât à la Comédie française, comme le monde était déjà fort petit, un de ses défenseurs, le jeune écrivain Paul Bourget, était le fils du mathématicien Justin Bourget qui contribua à alimenter l’Académie des sciences par son mémoire lu le 8 mai sur les vibrations des corps sonores, mais il serait abusif de tirer de là des fils jusqu’à Aniouta et Jaclard.

Disons qu’ils ne purent se rendre au Musée du Luxembourg, qui n’ouvrit finalement pas, les obus versaillais y parvenaient parfois, de toute façon tous deux étaient fort occupés, il fallait s’occuper de l’éducation, l’instruction, déclarée un droit absolu, laïque, obligatoire et gratuite, les blessés, se battre, tout simplement, Victor on le sait fut colonel, chef de la 17e légion fédérée (dont il dut démissionner). Quant à Aniouta, elle fait partie de la liste de

celles qui organisaient l’instruction en attendant la lutte de Paris où elles furent héroïques

que dressa Louise Michel.
Disons qu’ils pensèrent à Vladimir en lisant dans le journal que la bibliothèque du Muséum restait ouverte.
Disons qu’ils entendirent le citoyen Haydn diriger l’orchestre de l’Opéra dans l’Hymne à la liberté de Gossec, que l’on n’avait plus joué à Paris depuis 1793.
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Couverture : le Père Duchêne
du 29 floréal 79
 
La figure du 22 mai :



Soit K = (L N) $ \cap $ (A B).