L’Académie des sciences et la Commune de Paris Michèle Audin

Michèle Audin

Prosper-Olivier Lissagaray était journaliste. Il fut aussi l’un des acteurs de la Commune de Paris. Témoin et journaliste. Écrire sur une histoire aussi immédiate n’aurait été facile pour aucun historien professionnel, c’est pourtant à un authentique travail d’historien qu’il s’est livré. Il l’a fait en collectant notamment des témoignages, que l’on peut, si l’on en a le goût et le courage, qualifier « d’histoire orale », avec la moue que l’on voit certains professionnels utiliser pour prononcer ces mots, mais que l’on doit, surtout, considérer avec respect et avec intérêt. Il a recueilli des témoignages oraux, mais aussi des documents. Le résultat est un livre, l’Histoire de la Commune de 1871, paru une première fois dès 1876, qu’il ne cessa d’enrichir et de corriger sa vie durant, jusqu’à l’édition définitive de 1896.

Prosper-Olivier Lissagaray, Communard combattant contre le capital, courtoisement caustique dans sa chronique, avec Courbet chamboulant la colonne, carillonnant la Carmagnole et la canonnade, la catastrophe, carnage de civils au cimetière, les charognards félons, féroces fossoyeurs de la fraternité, dans le fracas fulgurant de la fusillade, sa figure fragile au front franc faisant flotter le flambeau du futur. Le plus probable est qu’il n’a pas connu, pas rencontré, peut-être jamais entendu parler de Michel Chasles ni d’Hervé Faye. Il vivait dans un autre monde. Mais il a mentionné Joseph Bertrand et Léonce Élie de Beaumont dans ses écrits. En temps normal, un journaliste aurait trouvé de quoi dire, de quoi écrire, sur Élie de Beaumont – même sans lui inventer une parenté avec Sosthène de Beaumont – mais ce n’était pas un temps normal. Prosper-Olivier Lissagaray, éloigné, exilé entre les émigrés, examina, étudia, enquêta, écouta les expériences, les événements, émeutiers ensanglantés, éventrés, éviscérés, ébaucha, exact, entêté et éloquent, son évocation de l’embrasement, de l’échec, de l’écrasement, brocardant les bourgeois bedonnants et boursicoteurs, brossant les barricades, la Bastille, à la barrière brandit bandit la bannière, banni, baluchon et bidon en bandoulière, la Belgique, Bruxelles.

Il lisait, ou il a lu plus tard le Journal Officiel de la Commune, qui publia, dès le 11 avril, un compte rendu de la séance du 10. Les académiciens, vingt et un présents ce jour-là, le lisaient-ils aussi ? Lisaient-ils un journal ? Est-il facile de croire que l’on ne commentait pas l’actualité dans l’antichambre ? La raréfaction et la plus grande chèreté des produits alimentaires aux Halles ou l’animation devant la maison Potin boulevard de Sébastopol, inspira-t-elle très peu de conversations ? Fut-ce parce que ces messieurs ne faisaient pas les courses, il y avait des épouses, des cuisinières et des femmes de chambre pour ça ? Et d’ailleurs, qui préparait les dîners que donnait Chasles ? Et tout simplement ses dîners ? Peut-on imaginer qu’ils ne parlèrent pas des obus versaillais qui tombaient jusque dans le Parc Monceau ? Se demandèrent-ils entre quelles mains était, à cette heure, le fort de Vanves ? Deux des chefs militaires de la Commune avaient été tués, l’un des deux était Flourens et il est certain que l’on parla de Flourens.

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Couverture : L’Histoire de la Commune de 1871
de Prosper-Olivier Lissagaray
(à gauche la préface de 1876,
à droite celle de 1896)
portrait de Prosper-Olivier Lissagaray
de la sextine de l’introduction
 

La figure du 10 avril :


et L = (C F) $ \cap $ (E B).

Contraintes suivies: