Le récapitul est un poème à forme fixe.
 
            Six strophes de six vers plutôt longs (i. e. à partir de 13 syllabes), comptés réguliers et égaux.
            Entre chaque strophe un vers donne, en forme de liste, six mots. Chacun d’eux est emprunté à chacun des vers de la strophe précédente.
            Au bout des six strophes, un vers vient conclure.
            Les vers ne riment pas.
           
            exemple  :
 
 
Le fonds Artus
 
Je n’avais jamais ainsi surplombé, depuis le poulailler lui-même
l’opéra, les opéras, les fameux, comme aussi de très oubliés
il fallait une bonne occasion d’archive où la ville de Bordeaux
conserve au frais une partie du travail de ses lointaines coulisses
maquettes en volume gardées toutes montées dans des cubes noirs
accessibles sur réservation mais dans un silence a-musical
 
(poulailler, opéra, Bordeaux, coulisses, noirs, silence)
 
c’est le métier – arts appliqués – qui est derrière la moindre aquarelle
de fausse fontaine dans le décor, Nuremberg, Les Maîtres Chanteurs
qui sont des poètes et non des abusifs à l’affût, le métier
de toutes les déformations préparées de la connue perspective
règlement des lignes fuyantes  : il faut toujours peindre les fontaines
à l’aquarelle et les tonneaux avec un diluant plus vinicole
 
(aquarelle, chanteurs, métier, perspective, peindre, vinicole)
 
on décide sur plan si telle croisée ou porte sera ouvrante
si la tour sera ou non praticable au sonneur de Lohengrin
l’arbre à l’épée de chez Hunding, il faut en prévoir la projection d’ombre
on le prendra dans les réserves sur le compte de Faust, et la rue
le fond de rue remploiera bien celui du premier acte de La Juive
châssis de rue côté cour avec fenêtre ouvrante dans la coulisse
 
(croisée, praticable, l’épée, la rue, remploiera, coulisse)
 
Tannhaüser revient chez Vénus selon Heine, pas dans Richard Wagner
aussi Vénus ne cuira pas la soupe dans un coin de la maquette
mais prêtera ses lanternes au petit théâtre de Pagliacci
frise d’arbres, prise d’air, panorama du Cid, châssis de Hamlet
une volige de 90 x 34 centimètres
un morceau du lointain du Roi d’Ys, des débris de ruine d’Esclarmonde
 
(Tannhaüser, Vénus, Paillasse, panorama, volige, Esclarmonde)
 
escaliers et pentes à meubler avec des rochers du répertoire
pour le Guernica de Paul Vidal en 1894
rien à voir donc avec la Luftwaffe ni avec Pablo Picasso
qui n’aura pas peint au balai-brosse le rideau de fond d’horizon
que nécessite Mazeppa, opéra de Clémence de Grandval
sur un livret poëme de Charles Grandmougin et Georges Hartmann
 
(répertoire, Guernica, Luftwaffe, balai-brosse, Mazeppa, poëme)
 
bien oublié, recouvert d’oubli mieux encore qu’un carton d’archives
châssis du répertoire qui avaient été châssis neufs en premier lieu
étrennés par l’automate colorature des Contes d’Hoffmann
que j’entends depuis les combles où je surplombe un siècle d’opéra
plusieurs décennies d’un homme de métier sur le métier du décor
Monsieur Artus qui portait dans son nom l’art inscrit, et sans l’usurper
 
(archives, en premier lieu, colorature, surplombe, décor, Artus)
 
et qui peut-être ne saluait pas sur la scène au soir de la première.
 
Source  : Fonds Artus, Pierre-Gustave Artus, peintre décorateur pour l’opéra de Bordeaux, fin XIXe siècle, Maquettes, plans de scène, dossiers, Archives municipales de Bordeaux.
 
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            Le petit récapitul portatif donne trois strophes de trois vers de neuf syllabes, la liste se limitant alors à trois mots.
 
            exemple  :
 
 
Le 28 septembre 2014, Paris
 
(poème adressé à Marie-Germaine Aparicio)
 
Aujourd’hui, en allant au marché
je tombe sur mon voisin, salut  !
Florent… « tomber », façon de parler
 
(marché, tombe, tomber)
 
nous nous serrons la main et parlons
de choses et d’autres, de nos plantes
de nos mètres carrés respectifs
 
(main, plantes, mètres)
 
« je vais au marché », dis-je, il revient
quant à lui du même les mains vides
je trouve ça louche et dis  : « c’est louche »
 
(revient, mains vides, louche)
 
il dit  : « oublié ma carte bleue ».
 
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