Michèle Audin

C’est le nom d’une île, assez grande pour contenir cinquante-quatre villes, dont la prospérité repose sur la propriété collective des moyens de production. Connue de Thomas More au XVIIe siècle, l’histoire s’en est perdue, au point que son emplacement est aujourd’hui inconnu. Les villes y portent des noms tels que Nulleville ou Keinstadt, un fleuve se nomme Sanseau, ce qui est assez cohérent avec le nom de l’île elle-même : le « tope » que l’on entend dans utopie est celui que l’on a entendu dans toponymie, et qui veut dire lieu, le « u » est un privatif, Utopie veut dire Nonlieu.

On y aurait fondé, au cours du XXe siècle, une université (dans un lieu-dit (ou un non-lieu-dit) Erehwon), dans laquelle dit-on les étudiants étudient sans avoir besoin d’exprimer du mécontentement en manifestant ou en empilant des chaises, leurs professeurs sont aussi des chercheurs qui, concentrés et méditatifs, inventent de nouvelles notions, calmement ou fébrilement, mais dans la tranquillité, puisqu’aucune raison étrangère à leur métier ne les pousse à écrire et à publier prématurément les résultats de leurs travaux. On dit aussi que, dans cet établissement, la carrière des savants se déroule harmonieusement et paisiblement, sans qu’il soit besoin de faire appel à la calomnie, à la médisance ou aux conciliabules secrets pour avantager l’un par rapport à l’autre.

Utopie, ses rades inconnues.

Ailleurs, dit Fiordiligi.
29 avril 2015
(à suivre)

$ \Rightarrow $  vallée, W
 

PS. Il y a une légende de l’illustration dans le post-scriptum de la page images.