Michèle Audin

Le guide officiel d’Alger et banlieues, vendu au prix de 160 Fr. et au profit de la Mutuelle des Polices d’Alger, est un petit livret d’environ deux cents pages, dans lequel se glisse le plan proprement dit. Celui-ci se plie d’abord en trois (horizontalement, en accordéon) puis en six (verticalement), il est imprimé en bleu et porte des surimpressions en rouge. Ces deux couleurs sont justement celles du logo de la marque d’essence Esso, qui occupe un des espaces publicitaires (mais pas le seul, « Cette carte vous est offerte par les Grands vins algériens » occupe toute la largeur de l’une des faces de la feuille). 

D’un côté se trouvent les trois plans d’El Biar, Hussein-Dey, et (ensemble), Birmandreis et Hydra (les banlieues), de l’autre le plan d’Alger proprement dit. Dans le coin inférieur droit, sous l’Amirauté (car le nord est à droite, ainsi que le confirme une rose des vents rouge), se trouve une échelle : 500 mètres sur le terrain sont représentés par 58 mm sur le plan, c’est donc un plan au huit mille six cent vingt et unième. La page n’était pas assez grande pour contenir le Jardin d’essai, dans le douzième arrondissement, qui aurait dépassé en bas à gauche, il a donc été représenté au centre, dans l’eau du port, comme une sorte de Corse.

Comme la plus part de ses semblables, ce plan ne porte pas de date. Ayant été publié par la Police, le guide officiel comporte, sur ses pages 6 et 7, les photographies de sept « personnalités » (sept hommes) officielles. Parmi celles-ci le maire (qui le fut de 1952 à 1958) et le gouverneur général (de 1952 jusqu’à janvier 1955). Le plan a donc été édité en 1953 ou 1954. Il serait certainement possible d’affiner cette fourchette (si tant est que les fourchettes s’affinent ?) en s’informant plus précisément sur les états de services des autres commis de l’état français représentés sur cette double page, une perspective peu agréable.

Le plan a été utilisé, les plis se sont déchirés, ont été recollés avec du ruban adhésif, quelques inscriptions incompréhensibles ont été ajoutées au crayon.
  

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Il serait possible aussi de rechercher, de trouver, d’énumérer, de présenter les lieux où vécurent ceux à qui ce plan a appartenu, de transformer ainsi ce brouillon d’atlas en biographie.
Ou de se poser des questions sur la localisation ancienne du bagne barbaresque qui rendit autrefois la ville célèbre. Ah ! Bey, cédez !
Ou encore d’évoquer des lieux communs, l’Amirauté, le Jardin d’essai, le port, qui ont déjà été nommés, la Casbah, Bab-el-Oued, la route Moutonnière, les marchés… Ceci ferait monter, de ce plan à ce texte, comme de la nostalgie, ce qui sera épargné aux lecteurs.

6 avril 2014
(à suivre)

 




















« Ah ! Bey ! Cédez »… et la suite,
dans ce tout petit livre
d’Agnès Rosenstiehl et Pierre Gay