Michèle Audin

Une définition précise, mathématique même, du mot désert ? Un lieu, un territoire, dont la densité de la population est inférieure à un certain nombre (un ? deux ?) d’habitants par kilomètre-carré. De sorte que l’on puisse, dans le désert, se trouver à mille milles de toute région habitée.
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Cette définition, une définition de ce type, évite toute image du désert, conteste Guglielmo.
Pas tout à fait, dit Fiordiligi. Quand je la lis, je pense à une grande étendue de sable jaune, dans laquelle avancent quelques bédouins sur leurs chameaux.
Dromadaires, corrige Guglielmo.
Excuse-moi d’être pédante, mais les dromadaires sont des chameaux.
Ah ! Perdus dans le désert immense, infortunés bédouins.
Ils ne sont ni perdus ni infortunés. On photographie le désert (d’en haut), on compte les bédouins (plutôt les Touareg), on divise le nombre de bédouins par le nombre de kilomètres carrés, on obtient la densité de ce désert.
Tu ne veux pas essayer autre chose ?
Dis-moi des noms de désert. Sahara, Negev, Kalahari.

Les dunes, le sable et les rochers, l’absence ou la quasi-absence de végétation, les cailloux et les pierres, brûlantes sous le soleil, les ossements blanchis d’animaux (ou pire), les jolis petits serpents et leurs énigmes, car il n’est pas vrai qu’il n’y ait pas de vie dans un désert, la chaleur torride et l’absence d’ombre.
Tu n’as pas dit soleil de plomb.
Laisse-moi continuer. J’ai d’autres clichés. Celui-là, par exemple. L’essentiel est invisible pour les yeux. Ce que les yeux ne voient pas. La lumière, les hallucinations, les mirages, l’absence de point de repère qui fait que l’on peut tourner en rond en croyant aller tout droit, le silence, le vol des vautours. Beaucoup d’absence. C’est peut-être cela, le désert.
L’absence.
22 juin 2014
(à suivre)

$ \Rightarrow $  dune, Las Vegas