Michèle Audin

La différence entre un fleuve et une rivière est que le fleuve se jette dans la mer et pas la rivière. Par exemple, la Somme est un fleuve, la Saône est une rivière.
Il existe des cartes dans lesquelles les frontières sont les lignes de partage des eaux entre les différents fleuves. Le plus vaste « pays » d’une telle carte de ce que nous appelons l’Europe est le Danube. Deux tout petits pays touchent la Méditerranée, minuscule comparée à la mer Noire, ce sont le Rhône et l’Ebre.
Aucun fleuve européen ne figure dans la liste des dix plus longs fleuves de la planète. La Volga est le quinzième et le Danube le vingt-septième. La Loire est le cent soixante-deuxième (et, pour faire plaisir à Fiordiligi, ajoutons qu’elle n’a que six malheureux kilomètres de plus que le Tage).
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Merci, dit Fiordiligi. Une leçon de géographie ? La Seine prend sa source au plateau de Langres et la Loire au Mont Gerbier de Jonc. À l’école, la France avait cinq fleuves, la Loire, la Seine, le Rhône, la Garonne, ce qui fait quatre, et, je suppose, le Rhin. Pourquoi pas la Meuse, qui est en France beaucoup plus longtemps que le Rhin, et surtout, qui y est de ses deux rives, ça je ne sais pas. Ni la Somme, ni la Charente. Je crois que je n’ai appris l’existence de la Somme qu’à propos de batailles de la première guerre mondiale.

J’aime beaucoup la Seine à Paris, dit-elle une autre fois. Un petit fleuve de rien du tout, mais bien enchâssé dans la ville. La Seine et ses ponts.
Tu sais que l’on dit que la Seine, c’est l’Yonne ?
Ridicule, tout le monde le sait, sous le pont Mirabeau coule la Seine. On dit aussi que c’est la Garonne qui se jette dans la Berlurette et pas l’inverse, on dit tellement de choses…

La première fois que j’ai vu le Saint-Laurent, à Montréal, non, ce n’est pas ce que je veux dire, je veux dire, lorsque j’ai vu la Seine, en revenant de Montréal, oui, je me suis dit, quelle petite chose, j’avais un peu de mépris, non, de condescendance, plutôt.
Je me souviens, dit Guglielmo, comme tu t’es sentie à l’étroit à Paris.
Oui, après un mois à Moscou, les avenues parisiennes étaient devenues des ruelles et puis, quelques semaines plus tard, au retour de Montréal, c’est la Seine qui avait rétréci. Mais voilà, c’est cette petite chose qui a produit un des plus beaux paysages urbains du monde : choisissez une belle journée d’octobre, allez sur le pont du Carrousel, regardez vers l’est, vous m’en direz des nouvelles.
Tu parles à qui ?
Je parle aux lecteurs.
Tu crois qu’il y a des lecteurs ?
18 juillet 2014
(à suivre)

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PS. Il y a une légende de l’illustration dans le post-scriptum de la page images.