Michèle Audin

C’est, comme par hasard, à cet endroit précis, le premier plan décrit dans ces pages qui porte un nom d’auteur, René Faillard. Cette mention apparaît dans la fine marge blanche horizontale, au bas du plan, à l’endroit où un peintre aurait apposé sa signature. Le copyright inscrit dans cette même marge porte la date de 2003. Le plan est édité par les « Plans-Guides du Maroc (ex Gauthey) ». Une échelle est clairement visible, 1/11 500e, avec un schéma indiquant la longueur qui représente 500 m, de sorte que l’on peut l’utiliser pour fixer un écartement du pouce et de l’index (de la même main) que l’on reportera ensuite sur le plan en essayant de ne pas le modifier, pour évaluer les distances, entre la gare et la place des Nations-Unies, à l’entrée de l’ancienne médina, par exemple.

C’est un grand plan aux couleurs vives et à la typographie claire. La mer (l’océan Atlantique), le port et l’avant-port sont d’un beau bleu foncé, le rivage et les môles (du commerce, des agrumes, des phosphates) sont mauves, les différents quartiers de la ville sont colorés en rose, jaune, bleu clair, les espaces verts sont vert vif, les principales artères sont colorées en orangé. Quelques dessins jaunes figurent la grande mosquée Hassan II, deux chevaux au galop sur l’hippodrome, un phare, la gare, deux chaises longues et un parasol (sur la plage Tahiti).
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Ainsi tu as la réponse à la question que tu posais hier : il y a un cartographe. Peut-être pas. Regarde : « Plan dressé et dessiné par René Faillard, technicien-géographe ».

Nous nous sommes perdues, raconte Fiordiligi, qui est allés à Casablanca avec sa fille, parce que le plan que j’avais imprimé était faux, alors je suis entrée dans une librairie. Tous les prétextes sont bons, dit Guglielmo. Je n’y ai acheté que le plan.

Je ne crois pas que la maison de ta grand-mère existe encore, dit Fiordiligi. La politique d’urbanisme, tu sais. On laisse pourrir les vieux immeubles, il suffit de ne pas les entretenir. Puis on les détruit et on construit de l’ultra-moderne à la place. Et on recommence.
Pour construire la grande mosquée, m’a dit ta mère, on a détruit la piscine municipale. Une piscine, à un endroit pareil, avec la mer et les vagues autour, c’était pourtant une bonne idée. Les besoins en équipement publics ont sans doute changé, répond Guglielmo.

Tu ne dis rien des odeurs. Mais de ça, tu te souviens. Et il y a aussi des bougainvillées et des hibiscus.

Tu te souviens ? Oui, c’est là que tout a commencé, dit Guglielmo. Encore ! Mais, on n’a pas déjà dit que c’était à Aix-en-Provence ? Ça, c’était à cause de l’ouverture, dit Guglielmo, mais Casablanca fut un autre commencement. Oui, mais je croyais que la contrainte interdisait d’en parler ici. Mais si. Tu résumes ? Ou toi ?
Bon. Nous avions vingt ans à peine. Ne fais pas le vieux nostalgique. Mais c’est la vérité, nous avions vingt ans et nous partîmes en vacances, à plusieurs. Sept, dit Fiordiligi. Oui, dans deux voitures, avec les tentes et toutes nos affaires, sept. Un peu serrés. Dorabella, Fernando, toi, les trois autres, et moi. Et c’est là, à Casablanca, que. Oui, parce qu’on s’ennuyait, dit-elle, et elle rit. Tu te souviens de la villa ? Oui, c’est ta grand-mère qui nous avait trouvé ça, casés, tous les sept, assez luxueusement, les propriétaires étaient en vacances. C’est pour ça qu’on est restés si longtemps. Tu regrettes ? À ton avis ? Tu te souviens ? Oui. Et de quoi ?
(…)
Et Dorabella et Ferrando. Tu te souviens comme ils s’embrassaient, à l’arrière de la voiture ? Et nous à l’avant, sur les petites routes des Pyrénées, en rentrant ? Tu te souviens ? Oui. Le début d’une belle amitié.
18 mai 2014
(à suivre)

$ \Rightarrow $  GPS, Rabat

la flaur d’hibiscus dans les barbelés
a été photographiée
à Casablanca
(pour une fois…)