Michèle Audin

Une collection, c’est n’importe quoi. Un atlas est une collection. On peut collectionner n’importe quoi. Les timbres (grâce à une collection de timbres, on peut apprendre l’histoire, la géographie, ce qui fait qu’une collection de timbres a sa place dans un atlas, cette remarque étant destinée à faire taire d’éventuels lecteurs contestataires). Les papillons. Les unicums (le gant de Rita Hayworth dans Gilda, ce genre de choses). Les pièces de monnaie. On a même vu des collections de sable. Ici, c’est d’une collection de plans de villes qu’il est question.
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Les plans des villes dans lesquelles nous sommes allés, précise Fiordiligi. Je ne cherche pas à posséder tous les plans possibles de toutes les villes possibles. Un plan qui m’arrive dans les mains autrement, je ne le jette pas, bien sûr. Mais le principe de la collection est le suivant. Je vais dans une ville, j’utilise un plan, je marche beaucoup dans les villes, j’aime marcher dans les villes, je ramène le plan. Ou c’est toi qui vas quelque part, tu me rapportes le plan, tu me racontes en me le donnant.
C’est une collection de souvenirs.
Mais tu as des souvenirs de villes dont ta collection ne contient pas de plan.
Oui, des plans ont été perdus. Mais pas l’inverse : je me souviens de toutes les villes de la collection. Presque. Je dis une ville qui n’est pas dans la collection, tu dis un mot, d’accord ?
D’accord.
Je commence : Tlemcen. Cigognes. Amsterdam. Ronde de Nuit. C’est un mot, ça ? Syracuse. Non, pas Syracuse. Djemila. Ah !
Florence ? Non, on ne parle pas de Florence. Tu te souviens de ce vieux, Antonio ? Non, Alfonso.
2 juin 2014
(à suivre)

$ \Rightarrow $  images, oubli

PS. Il y a une légende de l’illustration dans le post-scriptum de la page images.