Michèle Audin

Plano de Granada est un plan d’El Corte Inglés (et d’autres centres commerciaux), il contient de la publicité pour les boutiques de ces différents centres commerciaux (en espagnol, japonais, anglais, arabe, allemand et français). Il y a aussi une carte représentant la région, de Jaén à Almería. Ni date, ni échelle, ni légende, le traditionnel quadrillage (A à N et 1 à 20), la rivière bleue, les terrains de sport et les jardins verts, le fond jaune pâle, les bâtiments rose beige, les noms des rues (Colón, Reyes Católicos) en bleu, les noms des lieux en noir, les principaux monuments dessinés en volume (principalement des églises, des monastères ou des couvents, mais il y a aussi des murailles).

À droite, la configuration des rues qui vont (ou ne vont pas) à l’Alhambra et à la (au ?) Generalife amène à regretter l’absence de courbes de niveau. En bas, l’un des quatre ponts sur le Genil est lui aussi représenté en relief, puente arabe sobre el Genil, la plaza de toros est bien visible en haut à gauche, le coloriage indique subtilement sol y sombra, tels qu’ils sont a las cinco de la tarde.
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Nous ne dirons pas ici la Balada del que nunca fue a Granada, parce que nous y sommes allés, ni le llanto para Ignacio Sánchez Mejías, parce que c’est à Madrid qu’est mort ce torero pleuré par García Lorca – a las cinco de la tarde – mais le poète, lui, c’est bien ici qu’il a été assassiné.
S’il y a davantage de villes espagnoles que de villes allemandes dans la collection, c’est d’abord parce que notre culture est plutôt de par là-bas.

La première fois, dit Fiordiligi, c’était peut-être déjà septembre, beaucoup de fleurs étaient fanées, l’émerveillement de ces jardins, les salles, les cours, les bassins, oui les bassins en escalier de la Tour de l’Infante, nuit dans les jardins d’Espagne, m’avais-tu dit. J’ai toujours la sensation physique d’avoir été là, contre toi, ajoute-t-elle. Moi aussi, j’ai aussi le souvenir que nous étions là tous les deux, seuls au monde. Pourtant Dorabella et Ferrando étaient avec nous. Ils étaient peut-être seuls au monde, eux aussi.

Tu te souviens du livre de García Lorca que nous avions acheté à Grenade ? C’était quelques semaines avant la mort de Franco.
Oui, et entre temps, cette longue nuit de manifestations, à Paris, et pourtant, au matin, les cinq autonomistes basques avaient bel et bien été garrottés. Ces nuits, que nous avons vécues là-bas, dans les jardins d’Espagne, sont inséparables de cette nuit, que nous avons vécue ici. Et de l’idée de ce vieux machin comateux qui réclamait encore du sang.
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Tu te souviens comme je me suis énervée, lorsqu’on nous a demandé si nous avions vu les mosaïques à l’Alhambra ?
Je vois que tu es prête à recommencer !
Non. Aujourd’hui je répondrais tranquillement « Vous n’avez pas compris. Ce n’est pas à Ravenne, que nous étions, mais à Grenade ». Je déteste…
Je sais.

Et aussi, plus tard, nous y sommes retournés, ce n’était plus l’été, c’était en novembre, en voiture depuis Séville, avec ce type pas drôle qui ressemblait à un saint du Greco. C’est de cette fois-là que date ce plan.
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Tu ne mets pas d’image ?
Non. Je n’ai rien d’assez bien.
 
9 août 2014
(à suivre)

$ \Rightarrow $  Séville