Michèle Audin

Les étoiles sont, ont été, utilisées, pour déterminer la position, les coordonnées des navigateurs. Un GPS poétique. Et puis il y a des cartes des étoiles.
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Guglielmo et Fiordiligi ont beaucoup regardé les étoiles la nuit, avec une carte qu’il fallait faire tourner pour y voir la position que doivent avoir, qu’auront ce soir, qu’ont, les étoiles dans le ciel, ici et maintenant. Ici et maintenant, c’était à la campagne et l’été. Allongés sur l’herbe du pré, serrés l’un contre l’autre, ils nommaient d’abord les plus évidentes, Cassiopée et la Grande Ourse puis l’étoile polaire, Véga, et aussi Aldébaran, Arcturus. Pour Antarès, il fallait aller de l’autre côté de la maison, et rester debout, mais Guglielmo aimait Antarès.
Tout le monde aime Antarès, dit Guglielmo, peut-être parce qu’elle n’est pas de la même couleur que les autres.
Tout le monde aime aussi Orion (et, je te le fais remarquer, une digression serait ici possible, un retour à l’article ethnologue), mais on ne voit pas Orion le soir en été en France, c’est comme ça, le soir c’est en hiver. Après Antarès, ils retournaient dans le pré, sous la voie lactée. Dans la maison, derrière eux, les lumières s’éteignaient. Tous les deux, seuls au monde, dans l’immensité du ciel noir de cette nuit d’été, ils oubliaient de regarder la carte, se concentraient sur les étoiles filantes, parlaient parfois, et parfois même de la précession des équinoxes.

– Si vous voulez bien me permettre de glisser une phrase, glissa (justement) le vieux Qfwfq, au temps dont je vous parlais, vous savez, les marronniers en fleurs en septembre à Paris, en ce temps-là, c’est Véga qui nous montrait le nord et, si vous m’autorisez encore un mot, Véga a quand même une autre classe que cette polaire, une étoile de troisième ordre. Et ne croyez pas que ça nous empêchait de nous embrasser en admirant les pluies de météorites, et aussi de, vous voyez ce que je veux dire, pendant les tièdes nuits de février.

Il est bavard, dit Guglielmo. Mais il est gentil, répond Fiordiligi. Il me rappelle ce vieux, tu sais, à Florence, Alfonso. Mais non, dit Fiordiligi, rien à voir. Celui-là parle de tout avec délicatesse.

Est-ce que tu as parlé de la Croix du sud, à propos de Bombay ? Je crois, oui. Mais je l’ai vue aussi à la Réunion. Je me souviens que j’avais eu beaucoup de mal à trouver une carte du ciel de l’hémisphère sud. Là-bas la nuit était vraiment très noire. Peut-être à cause de la mention d’Alfonso, Fiordiligi pense, avec un petit pincement au cœur, à une nuit pas complètement blanche mais vraiment très claire, mais elle ne dit rien, de toute façon ce n’est pas le sujet de cet article.
13 juillet 2014
(à suivre)

$ \Rightarrow $  coordonnées, éphémérides, GPS, position


image : Lisbonne, encore ?

PS. Il y a une légende de l’illustration dans le post-scriptum de la page images.