Michèle Audin

Après tous ces articles bavards, trois villes de suite.
Gdańsk plan miasta est un grand plan dépliant dont la « page » de couverture jaune vif est ornée d’une photographie d’un quai, avec des maisons anciennes, des clochers et des bateaux, et la « dernière », celle que l’on voit lorsque l’on retourne le plan sans l’ouvrir, une photographie d’une des installations du port. On y lit aussi le prix (cena zł 55.–), le nom de l’éditeur (une longue raison sociale en polonais) et Warszawa-Wrocłau 1985.

En commençant à déplier le plan, on trouve d’abord la traditionnelle liste alphabétique des noms des rues, des informations sur les lignes de tram et d’autobus, les gares, stations-service, hôtels, campings, restaurants, etc. Il y a aussi une carte schématique mais claire des environs.

Le plan proprement dit est quadrillé (A à K et 1 à 10). Une particularité est que le plan du centre (E à F, 4 à 5) est reproduit, à plus grande échelle, en bas à gauche, et il se retrouve dans le même quadrillage (de A à D et de 7 à 10). Une autre partie de la ville est aussi agrandie, mais il est plus difficile de déterminer de quelle partie du plan général il s’agit (un parc, loin du centre). Un troisième encart, en bas à droite, est une carte routière de la région. Y apparaissent les nom de Gdynia et de Sopot, deux villes dans lesquelles on peut (pouvait) trouver mécaniciens et stations-service.

Encadré de jaune, titré en grosses capitales rouges, avec l’écusson (deux croix et une couronne jaunes sur fond rouge), le plan n’a pas d’échelle (aucune de ses parties n’en a), porte un copyright de 1984 (ce qui n’est pas incompatible avec la date de 1985) et est muni d’une légende abondante. La mer (Baltique), les canaux et rivières sont en bleu, les espaces verts en vert, le fond est beige. La configuration des voies d’eau est assez compliquée. Il semble qu’un bras de la Vistule (Wisła) se jette dans la mer en haut à droite du plan, mais qu’un autre bras s’en échappe in extremis et longe la côte jusque vers le milieu du plan, avant de se résoudre à se diriger, lui aussi, vers la mer. Ce qui serait assez simple. Mais il y a une autre rivière, la Motława, qui arrive d’en bas à droite, alimente des fossés le long de ce qui est sans doute des remparts, avant de se jeter dans ce bras de la Vistule. Ce qui serait encore relativement simple. Mais il y a aussi un ancien bras de cette même rivière. Et des canaux. Des lacs ou étangs. Et puis, bien sûr, il y a le port.

Clairement, le port et la ville sont (étaient) des entités distinctes, peut-être même disjointes. Le centre de la ville ancienne, certainement ce que l’on voit sur la photographie (les clochers correspondent aux églises du plan), s’est développé le long de l’ancien bras de la rivière (stara Motława), loin du port moderne (nowy port). Les voies ferrées desservent la ville et le port.

Un bel exemple d’un plan qui en dit fort peu sur l’histoire. Si on ne sait rien de Gdańsk, on en apprend fort peu sur la ville. Et encore, la compréhension (accidentelle) de l’adjectif polonais stara (vieille) a été pour beaucoup dans celle du plan. Après tout, un plan n’est fait que pour se diriger dans une ville et celui-là semble (malgré l’absence d’échelle) clair et efficace.
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Tu n’as pas dénombré les plis, ne dit pas Guglielmo, parce qu’il est en voyage.
Je ne dis pas toujours la même chose, je ne veux pas lasser les lecteurs, répond quand même Fiordiligi. Elle caresse l’idée d’un Tu te souviens de Gdańsk par mail, mais un bref instant seulement. Je me souviens qu’il y avait à Varsovie un restaurant qui s’appelait Stara Polska, la vieille Pologne, se dit-elle aussi, mais nous en reparlerons. Dis-moi un mot sur Gdańsk.
Je trempais mon pirajok dans mon bortsch.
Tu ne penses qu’à manger.
Tu sais, la Pologne, c’est plat.

Comment donc prononce-t-on ce ń? L’allemand Dantzig n’aide pas vraiment.

Le corridor de Dantzig, Solidarność, on n’en parle pas ?
 
24 juillet 2014
(à suivre)

$ \Rightarrow $  Gdynia, Sopot
avec une image ancienne
photographiée dans un
livre ancien