Michèle Audin

Le grand atlas mondial est plus européen, plus adapté au monde dans lequel vivaient Fiordiligi et Guglielmo lorsqu’ils l’ont acheté, la fin du vingtième siècle en Europe de l’Ouest. Les parties du monde qu’ils fréquentent le plus souvent sont cartographiées à plus grande échelle. Les cartes ont été dessinées par un institut allemand et les légendes de cette édition française sont écrites en français.

Sur la mappemonde qui occupe les pages de garde, l’échelle est indiquée comme étant celle du méridien médian, entre 0° et 20° est, ce qui met Cremone et Libreville au milieu, sinon du monde, du moins de la double-page, juste sur le pli.

Quelques mois après que Guglielmo et Fiordiligi aient choisi avec soin cet atlas parmi beaucoup d’autres, l’aient acquis, aient commencé à se familiariser avec ses cartes et leur élégante typographie, la partie du monde sur laquelle il est centré, ce qui était leur monde à eux, a brutalement explosé. La terre n’a pas tremblé, ou pas beaucoup, les montagnes sont restées à leur place et les cours d’eau aussi, mais les frontières et les pays se sont multipliés et les cartes politiques de l’atlas sont devenues caduques.
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De ceci nous pouvons tirer au moins deux enseignements.
Comme un dictionnaire, un atlas est toujours un brouillon.
Et puis, un atlas dit quelque chose sur ceux qui le possèdent.
15 avril 2014
(à suivre)

photographie d’un fragment
des pages de garde
du Grand atlas mondial

$ \Rightarrow $  mappemonde, méridien, typographie